Ouaddou : « J’ai beaucoup échangé avec un grand manager comme Arsène Wenger »

Abdeslam Ouaddou

Abdeslam a envie d’occuper un banc

Ex-international marocain désormais à la retraite, Abdeslam Ouaddou n’a toujours pas tourné le dos au monde du football. Titulaire d’un diplôme UEFA A, c’est désormais le rôle d’entraîneur qu’il aimerait endosser. Preuve avec cette interview, où le nancéen nous parle de coaching et des Lions de l’Atlas.

 

Abdeslam, tu passes actuellement tes diplômes d’entraîneur, où en es-tu ?

Effectivement, après ma carrière je suis reparti à l’université pour passer un Master en Management de Structures Professionnelles au centre du Droit et Economie du Sport de Limoges que j’ai obtenu avec une mention Bien. Cette année j’attends les résultats du diplôme d’Etat Supérieur de la Jeunesse et de l’Education Populaire et du Sport (DESJEPS) mention football passé au sein de la Fédération Française de Football. C’est une étape importante dans ce processus de reconversion puisque j’estime que notre carrière ne nous donne aucune légitimité pour cette nouvelle étape de notre vie. En revanche, elle va sans aucun doute nous amener un plus en termes d’expertise dans ce job.

 

Quel type d’entraîneur aimerais-tu être ? Quelle vision de jeu prônes-tu ? As-tu des modèles parmi les entraîneurs actuels ?

J’essaie d’être juste, même si au final je dois faire des choix. Pour ce qui est de ma gestion des ressources humaines, je suis attaché à trois valeurs fondamentales pour fonctionner qui sont l’humilité, l’intégrité, la loyauté et l’abnégation en termes d’habilité mentale au sein de mon groupe. Sur le plan sportif, mon projet de jeu est basé sur la possession avec une animation et des principes de jeu définis par rapport aux profils de mes joueurs. Puis en tant qu’ancien défenseur, je suis très intransigeant sur l’équilibre de mon équipe en étant très vigilant à l’animation défensive et surtout la transition offensive/défensive. L’équilibre d’une équipe est primordial.

Je n’ai pas de modèle particulier en revanche j’ai beaucoup échangé avec un grand manager comme Arsène Wenger, qui utilise une méthode de management de club qui me plaît et qui rejoint également mes convictions : l’homme est aussi important que le joueur d’où l’importance de la dimension psychologique à prendre en compte. Je me considère donc plus comme un entraîneur/manager.

Je m’explique, le football évolue tellement que le métier doit aussi évoluer. Mon mode de fonctionnement est d’utiliser toutes les compétences au sein de mon staff sous forme de brainstorming dont la décision finale me revient. J’affectionne ce mode de fonctionnement puisque dans certains domaines très précis qui demandent de l’expertise, notamment dans le très haut niveau, l’entraîneur ne peut plus s’occuper de tout et doit donc déléguer tout en ayant un contrôle. Cela nécessite de vraies compétences managériales, technique et connaissance du jeu, et surtout une très grande honnêteté de mes collaborateurs, les diplômes que je passe actuellement vont donc dans ce sens.

Wenger Ouaddou

Arsène Wenger et Abdeslam Ouaddou

La sélection nationale, est-elle l’un de tes objectifs ?

Non. La question doit être posée aux dirigeants, à savoir si les ex-internationaux qui se donnent la peine de se former font parti de leur stratégie de développement du football national. Cette nouvelle génération des Regragui, Sektioui, Safri, El Karkouri, El Kaddouri, Chihab, etc. qui ont eu une très belle carrière professionnelle et qui se forment par la suite sont des preuves de l’investissement de nos anciens joueurs. Aujourd’hui la question ne se pose pas pour l’équipe A puisque nous avons le meilleur sélectionneur sur le continent africain. Quand je vois le Sénégal faisant confiance à ses anciens internationaux qui se sont donnés bien entendu les moyens de se former, je dis bravo.

 

On est maintenant à un peu plus d’un mois du début de la Coupe du Monde, toi qui as connu l’épopée de la CAN 2004, qu’est-ce qu’il faut à une équipe pour être présent dans ces grands rendez-vous ?

Tout d’abord, il est primordial à l’approche de ce grand rendez-vous d’avoir des joueurs compétitifs. Il faut aussi avoir un suivi très strict de l’évolution de chacun d’entre eux sur un plan sportif, médical et psychologique suivant la situation de chacun au sein de leurs clubs respectifs. Ensuite en termes de cohésion on ne peut pas s’amuser à faire entrer des nouveaux joueurs sans au préalable avoir des certitudes comportementales concernant ces derniers. Un ou des loups dans la bergerie peuvent être destructifs sur une longue compétition. Un superbe état d’esprit et une cohésion ont été construits depuis la prise de fonction d’Hervé Renard, mais dans un groupe on sait qu’un mec prétentieux, arrogant, ne respectant pas les codes ou les cadres établis peut déstabiliser le groupe. Nous devons apprendre de nos erreurs.

Une analyse de l’état de forme de chaque joueur sera sans aucun doute établie par l’adjoint d’Hervé Renard, Patrice Beaumelle pour individualiser la préparation de chacun. Il y aura 2 matchs amicaux pour peaufiner les derniers réglages. Il faudra également un petit capital chance et un gros cœur.

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Ouaddou lors de la Finale de la CAN 2004

Jusqu’où peut-on aller selon toi ?

Le match de l’Iran sonne déjà comme une finale puisqu’il risque de déterminer la suite des évènements. Un match pas facile lorsque l’on connaît le football iranien et ses qualités athlétiques, techniques et de vitesse.

 

L’équipe nationale a bien changée depuis, avec l’arrivée de Renard aux commandes. Qu’est-ce que tu penses de son travail avec le Maroc ?

Hervé Renard fait un travail remarquable. Ce n’était pas partie gagnée lorsque l’on connaît l’héritage. Pour pouvoir bien travailler dans n’importe quelle institution, il doit y avoir des dirigeants compétents. Hervé Renard est en parfaite collaboration avec le président Faouzi Lekjaa (actuel président de la fédération royale marocaine de football, N.D.L.R.) un homme compétent, il sait donc où il va. On doit juste trouver un prénom arabe ou berbère à Hervé, c’est la tradition lorsqu’un entraîneur étranger nous qualifie pour le mondial (l’entraîneur José Faria avait été renommé Mehdi après avoir qualifié le Maroc au mondial 1986, N.D.L.R.).

 

Le Maroc compte beaucoup de jeunes joueurs de talent, comment vois-tu l’avenir du Mountakhab ? Serons-nous parmi les favoris de la CAN 2019 ?

Si nos dirigeants font un audit de la situation de nos performances sportives depuis 20 ans alors ils auront la réponse aux trous générationnels et par conséquent un plan d’action pour remédier à cela. Le talent est là, il sommeil en nous, il faut juste le faire éclore, le développer et l’accompagner.

 

Le Maroc a su apprendre de ses anciennes candidatures, celle-ci (#Morocco2026) est sans doute la plus aboutie, penses-tu que le Maroc a ses chances face à celle des USA ?

Je pense que la candidature américaine est solide du fait des retombées économiques qu’elle prévoit pour la FIFA ainsi que de ses infrastructures. Elle présente aussi quelques inconvénients que nous avons maximisés en avantage dans notre dossier.

Je pense que si la FIFA est un arbitre juste, le Maroc a toutes ses chances car j’ai pris connaissance du dossier et je dois vous avouer qu’il est très solide tant pour les athlètes, les supporters et les téléspectateurs, les médias ou sur le plan environnemental avec la construction des nouveaux stades. L’employabilité dans de nombreux secteurs d’activités durant cet événement est un point important sur le plan social et le respect de l’environnement sera aussi un volet scruté par les instances.  Nous avons également une personne formidable qui est notre secrétaire général, Hicham El Amrani, ayant une expérience non négligeable dans le domaine. Nous avons des atouts à faire valoir au reste du monde. Notre gouvernement respecte les textes et la déontologie de la FIFA à l’inverse de M. Trump qui fait de plus en plus d’ingérences notamment via des menaces au sein de l’ONU sans oublier les insultes envers les pays africains qui seraient selon ses dires « des pays de merde ».

 

Pour finir, as-tu une anecdote amusante à nous raconter quant à tes années sous le maillot du Maroc ?

Oui, j’espère que notre équipe nationale passera le 1er tour en Russie et sera vêtu de vrais maillots, pas comme nous lors de la demi-finale de la CAN 2004 contre le Mali (Rires.) On n’avait pas prévu assez de maillots pour la compétition entière, donc on avait joué ce match avec de faux maillots Nike. Cela ne nous avait pas empêché de mettre 4-0 au Mali (Rires.). L’habit ne fait pas le moine comme l’a si joliment dit notre joueur Hakim Ziyech. Cependant Adidas doit revoir son design.

 

Propos recueillis par Adnan Bourass @AdnanAB28 

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